Le petit écran est-il libre d’accès ?

Pour légitimer son modèle publicitaire en devenir sur le mobile, Eric Schmitt, patron de Google avait lancé un pavé dans la mare des opérateurs en déclarant à Reuters il y a quelques mois : « your cell phone should be free » . Le mobile concentrera progressivement l’avenir du web et de ses modèles économiques. Cela a déjà commencé. Une récente étude de Jupiter Research détaille ces tendances : 40% des sites Web ont une version mobile, 22% en prévoient une pour l’année prochaine, 29% des sites mobiles disposent d’informations sur les profils des utilisateurs… Cependant, les annonceurs sont seulement 3% à faire de la publicité sur ces mêmes sites mobiles. Les acteurs du marché ne s’interrogent pas tous de la même façon.

Les opérateurs télécoms feraient-ils écran aux annonceurs désireux d’engager des campagnes de publicité mobile ? La société Celltick propose de contourner l’obstacle. Elle annonce (IHT, « Advertisers’ direct cellphone connection« ) le développement d’un logiciel permettant aux annonceurs et médias d’envoyer directement leurs contenus publicitaires sur les mobiles, leur reprochant au passage la lenteur de leur stratégie marketing. InternetActu s’interroge (« La publicité sur mobile : pas trop vite ! » ) et fait état d’incertitudes, notamment sur la valeur du marché du marketing mobile qui oscille du simple au double (11 milliards de $ en 2011 pour l’un, 24 en 2013 pour l’autre). On sait aussi les objections évidentes à l’intrusion publicitaire sur l’écran du mobile. Il en résulte pour le moment des opérateurs frileux, peu enclins à ouvrir leurs réseaux. Face à ces questions, Celltick a donc choisi de tailler dans le vif.

Qu’en dira l’usager dont on sait part ailleurs qu’il n’active que très très modérément les pubs du web (« Qui clique sur la pub ? ») ? Hormis une stratégie d’opt-in par une publicité passive puis activée par l’usager, aucun service particulier n’a été mis au point par Celltick pour le séduire.

Toutefois, on voit mal aujourd’hui ce qui résistera à la pub sur le petit écran. Aucun autre écran n’y a jamais résisté, qu’il s’agisse du cinéma, de la télévision ou du PC via le web. Des régulations se mettront sans doute en place pour respecter des régles élémentaires. La publicité sur mobile redéfinira sans doute à terme le rôle des opérateurs télécom et celui des médias traditionnels pour qui il sera tout autant incontournable, mais bien malin sera celui qui saurait aujourd’hui en définir les contours.

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janvier 21, 2008. Étiquettes : , , , . 5e Ecran, Chronos, Média, Mobile, Opt-in. Laisser un commentaire.

Faire à la fois du service et du réseau

Selon The Herald Tribune (Mobile phone operators merging networks) T-Mobile UK et 3UK sont sur le point de partager leurs réseaux 3G. Ce sera vraisemblablement (toujours au Royaume-Uni) bientôt le choix d’Orange et de Vodafone. L’article ironise sur une fusion fictive des services de livraison d’ingrédients pour MacDonald et Burger King qui en partageraient alors les coûts, mais le résultat est là : les fruits de cette initiative sont financiers (1 milliard de £ d’économie pour chaque opérateur sur une décennie) et aussi d’ordre serviciel puisqu’ils offriront un champ d’application élargi aux services mobiles. Ces partages fondent des réseaux intelligents, élargissant considérablement l’interopérabilité des services proposés par les opérateurs.

D’autres réseaux sont capables de se combiner. Lorsque le réseau Zipcar fusionne avec celui de Flexcar, les membres des deux firmes bénéficient d’une carte d’accès et d’une assurance universelle, aux deux réseaux qui n’en forment plus qu’un !… A l’identique, le vélo en libre-service en appelle à une synchronisation intelligente avec les réseaux de transports collectifs (Voir le Thema VLS). Comme le rappellait Gilles Vesco dans Villes&Vélo (10/07) : « il faut faire à la fois du vélo et du réseau ».

janvier 7, 2008. Adressage, Always on, Chronos, Continuité, Média, Mobile, Mobilité, Suite servicielle. Laisser un commentaire.

L’audience est aussi mobile

« L’ordinateur, nouveau centre de convivialité du foyer » du Figaro ? Certainement pas ! Le titre de l’article est un contresens. La consommation des médias est définitivement individuelle ou plutôt le devient rapidement. Même si les pratiques de partages médias sont multiples et fichtrement intéressantes, l’écoute collective de la radio est morte avec le transistor, celle de la télévision et des films s’éteindra (et elle a déjà commencé à petit feu, regardez la chute brutale sur 2007 du cours de TF1) avec les iPods et autres téléphone mobiles et les PC. Ces ordinateurs par définition sont personnels. Les tentatives pour en faire des instruments communautaires finirent en fiascos industriels. En 2003, les “Media Centers” de Microsoft, Sony, Dell ou Toshiba, alliant des fonctions d’informations et de divertissements, signaient le fantasme d’un rassemblement du foyer autour d’une source unique. Ce fut un échec.

Pour autant, l’étude des consommations médias à domicile et au travail (cabinet Tangenciels et KR Media) que traite l’article ne doit pas être jetée avec l’eau du bain du Figaro. On apprend que « la consommation des médias est omniprésente, concomitante avec d’autres occupations individuelles dans un espace collectif, elle impacte l’organisation de l’espace et les relations des groupes sociaux ». Plus inédit, l’étude souligne : « Avec le Net, le mobile et les gratuits, la consommation des médias sur le lieu de travail a explosé et bouscule l’organisation du travail », selon Olivier Goulet, directeur de la recherche de l’agence KR Media qui ajoute que [dans un espace professionnel ouvert aux médias] « ce sont huit à dix heures de temps additionnel qui s’ouvrent aux annonceurs ». Pour conclure, « les principes mêmes de la publicité (agrément, mémorisation) méritent d’être réinterrogés ». Dont acte, il serait temps.
Sur le site du Figaro, une vidéo cocasse nous ramène aux banalités des pratiques médias quotidiennes – le môme tripotant frénétiquement sa télécommande de jeu devant l’écran télé pendant qu’en arrière-plan la mère arpente la pièce de son PC à la cuisine accrochée comme à une bouée à son mobile. Cela pourrait être chacun d’entre nous… et on a l’air bête !

Il reste – et c’est là que nous souhaitions en venir –, que si les pratiques se transforment à domicile, que si elles « explosent » sur le lieu du travail, il est un troisième territoire où les pratiques média connaissent un bouleversement encore plus important, « l’extérieur », c’est-à-dire tous les territoires des mobilités physiques : la rue, les espaces publics, les mobiliers urbains, les modes de transport mais aussi chacun de nous en déambulation… le mouvement en bref et les technologies qui les accompagnent.

Plus généralement, il est illusoire de se raccrocher à l’idée d’un nouvel ordre de médias. C’est un nouvel ordre des connexions qui s’impose. Aujourd’hui, s’ouvrent les espaces du « nonmédia » – ainsi que The New York Times définit ces investissements des annonceurs qui échappent aux médias classiques (The New Advertising Outlet: Your Life. Marie-Laure Sauty de Chalon, présidente du groupe Aegis Media France, enfonce le clou : « Médias, votre public n’est plus dans la salle ». La désintégration de l’univers média va bien au-delà des nouveaux comportements. L’audience ne se reconnaît plus dans la relation que lui proposaient jusqu’ici annonceurs et médias. Google recueillera en 2008 le plus fort volume d’investissements des annonceurs au monde. Pourtant, Google récuse même l’étiquette de média. Il ne fait pas de publicité non plus. En tout cas pas sous les formes classiques qui formataient jusqu’ici le marché. Il propose ses services à l’usager et à tous ceux qui souhaitent lui parler. Bref, il connecte, comme la ville aussi connecte par l’intermédiation des mobiles et des innombrables puces qui dialoguent dans l’espace public. On le voit, l’audience d’extérieur est un sujet bien trop important pour que nous baclions ici quelques formules définitives. Chronos instruit au sein de Villes 2.0 – en partenariat avec la Fing et Tactis – les fonctions éditoriales du 5e écran dont nous ouvrons les analyses à tous.
Mais surtout pour traiter ce sujet, Chronos organise un forum le 14 février autour du thème « Médias mobiles et audiences d’extérieur« .

décembre 27, 2007. 5e Ecran, Chronos, Communication extérieure, Média, Mobile. Laisser un commentaire.

Zipcar, la voiture la plus proche de vous

zipcarmap.pngzipcarmobile.png Zipcar mise sur l’intelligence du mobile et l’interopérabilité de la carte pour renforcer et fluidifier l’accès au service ! « Zipcars live in your neighborhood! » (Les zipcars sont dans votre quartier!). Pour assurer cette promesse, Zipcar permet aux usagers dotés d’un mobile avec fonction GPS de réserver (via mobile) le véhicule le plus proche de leur position. Ce « quartier », c’est donc celui dans lequel est, à ce moment, l’abonné au service. Il change au gré des parcours. L’amélioration de l’accessibilité est énorme. Elle se consolide encore par l’interopérabilité de la carte dans toutes les villes américaines où Zipcar est présente et même à Londres comme le précise le blog Re*move.

décembre 5, 2007. collectif/individuel, géolocalisation, Mobile, Mobilité, Partage. Laisser un commentaire.