Vous êtes capteur, donnée et exploitant

Dans Paris Ville invisible (1998), Bruno Latour et Emilie Hermant relativisent le regard du dessus, qui ne permet pas de se glisser dans les interstices de la ville :

En regardant l’image satellite, nous nous extrayons bien de notre point de vue particulier, mais nous ne bondissons pas pour autant vers la vue d’aigle, nous n’accédons pas à la vue divine, à la vue de nulle part : nous passons de notre vue bornée à une vue glissante qui va nous entrainer, par un labyrinthe de transformations, jusqu’au cadre général où viendra s’insérer notre action quotidienne – cadre général qui ne fera jamais que quelques centimètres carrés. Le cadrage a la même dimension, si l’on peut dire, que ce qu’il encadre : le grand n’est pas plus grand que le petit.

C’est exactement face à cette impasse que se trouvent les systèmes de GPS. Pour pallier ces manques d’information, les opérateurs se mettent à capter, tracer et suivre les mouvements de la ville. Le principe est simple : faire des mobiles et particulièrement des modes de transport, des capteurs. Deux exemples sont parlants aux Etats-Unis :

–    A New-York, les GPS connaissent les itinéraires des taxis dans leur totalité, tunnels y compris, grâce à des capteurs placés sur les véhicules (A New-York, les capteurs aident le GPS à localiser les taxis). La perspicacité du système permet au passager de suivre la totalité du parcours via un écran situé à l’arrière du véhicule. Finies les arnaques lorsqu’on ne connaît pas la ville !

–    A Chicago, n’importe qui peut prendre connaissance en temps réel de l’emplacement du bus (Welcome to CTA Bus Tracker), grâce, encore une fois, à des capteurs. Une manière d’inciter les individus à marcher lorsque le bus a pris du retard ou à se mettre à courir lorsqu’il arrive et sans même l’avoir aperçu.

–    C’est sur un même principe de capteurs dans les voitures que fonctionne le système Dash pour améliorer les trajectoires des communautés d’automobilistes aux Etats-Unis.

Dans ces cas, taxis, bus et voitures deviennent des satellites de la ville. Grâce à leurs traces, la ville est happée même dans ses entrebâillements souterrains.

Mais, si les véhicules sont équipés de capteurs, les individus sont eux aussi capteurs ; basculant dans l’individu « auto-multi-mobile » dont parle Georges Amar, qui conçoit et coproduit sa propre mobilité (Mobilité durable – Changement de paradigme). Ce voyageur est aussi donnée qui se fond dans des bases collectives pour assurer des régulations nouvelles. Cet individu, qui fait de plus en plus corps avec son mobile et qui, de fait, ouvre de nombreuses perspectives cartographiques en temps réel ! Enfin, le citadin est l’exploitant du résultat. Ainsi, Citysense a largement intégré le principe en agrégeant les données des individus mobiles connectés au réseau téléphonique pour mesurer l’état du trafic (Citysense, des services contre des traces), réservant à ceux qui contribuent les résultats collectifs. La cartographie se construit de manière organique, elle se meut, s’adapte, évolue en temps réel, voire anticipe les mouvements de la ville.

Souriez, vous êtes tracés… parce que vous l’avez bien voulu !

Publicités

juillet 24, 2008. Chronos.

Laisser un commentaire

Be the first to comment!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Trackback URI

%d blogueurs aiment cette page :