Nouveaux voisinages et amour nomade

Au paradigme du « résidentiel », dont la sphère englobait hier l’essentiel des relations et activités de l’individu, se substitue un territoire explosé ; un archipel dont l’extension est à la mesure de la parcellisation de nos géographies. Les voisinages n’en sortent pas indemnes. Ces voisinages s’analysent comme autant de proximités. Les unes et les autres ont changé sous la pression de l’écartèlement des lieux de vie (la distance domicile-travail est passée de 3 km en 1970 à 30 km en moyenne actuellement). Le voisinage traditionnel perd sa prégnance et se fait déborder par d’autres voisinages. Ces dispersions délitent des liens et en suscitent de nouveaux.
Une étude de la RATP sur « l’Amour mobile » s’est penchée sur 600 annonces de sites de retrouvailles où les voyageurs racontent les coups de foudre dans le métro (Franck Beau, « L’amour mobile, une étude en cinq acte de récits de coup de foudre dans le métro » sur des annonces passées entre septembre 2006 et octobre 2007). Libération s’en fait l’écho ce matin dans un long et joyeux article : A la recherche de son ticket.

Le voisinage en général repose à sa base sur une notion de familiarité, avant de nous conduire sur une notion de sociabilité active. Mais on aurait en effet tort de rigidifier la notion de voisinage et de l’ancrer définitivement dans le « résidentiel ». La notion devient, elle aussi, « nomade », l’amour aussi… développant ses spécificités qu’analyse Georges Amar : « Le romanesque propre au métro a des caractères particuliers qui vont bien avec la modernité : il est speed, rythmé par les mouvements de la ville, fait des séquences hachées, il est un drôle de mélange de virtuel et de réel » (lire son entretien sur le sujet dans Transflash). Il reste à écrire un chapitre sur les perspectives inédites offertes par les technologies nomades pour prolonger ces coups de foudre inachevés.

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mai 26, 2008. Chronos.

One Comment

  1. PAX replied:

    En examinant la vivacité des organisations de quartiers de la conurbation Tokyo-Osaka-Kobe, ou les re-créations de la proximité villageoise dans le Berlin recomposé, on peut se demander si l’explosion de la sphère résidentielle n’est pas un phénomène culturel circonscrit à certaines sociétés et pas d’autres. Pour aller plus loin, cette atomisation n’est-elle pas la conséquence de la désintégration des valeurs humaines de proximité (courtoisie, politesse, convivialité, solidarité) au profit des valeurs de performance (efficacité, instantanéité, maximisation) ?
    Faute de voisinage avec lesquels partager des valeurs communes, on se cherche des voisins dans les espaces virtuels et dans les moments de translation. Les premiers sont indolores et aseptisés, les seconds sont fantasmatiques et éphémères. Difficile alors de distinguer la frontière subtile entre la faculté de mobilité et le mécanisme de fuite.
    Et s’il est vrai que le voisinage, en ces temps d’aplatissement du monde, ne peut plus se concevoir à l’aune du lieu de résidence, les liens qui le sous-tendent reposent quand même sur la persistance des valeurs humaines de proximité. Ce savoir-vivre est déjà sur le déclin pour ceux qui ont connu le monde statique de la deuxième révolution industrielle. Il ne peut être développé de manière spontanée par les tribus virtuelles des enfants nomades.

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