Le « city break » ou « les quatre jeudredi »

Quand Chronos et InProcess se sont saisis du « city break » (pdf : « Le temps c’est ce que vous en faites ! ») qui nous arrivait de Londres pour l’explorer avec six grands partenaires (Accor, Airbus, ADP, Decaux Airport, Direction du Tourisme, PSA et RATP), nous étions loin de nous douter de la fortune du mot. Nous avions aussi propulsé le « jeudredi » dès mars 2007 sans rencontrer le même succès. La mal est réparé dans Les Echos de ce week-end qui titre joliment « Vers la semaine des quatre jeudredi » et qui cite justement cette étude. Le « jeudredi » (Merci Luc !) est le mot d’un chauffeur de taxi bon observateur de ses contemporains esquivant les rythmes métronomes et les pesanteurs de sa ville. Les city breaks sont issus d’une charpente du temps de la société libérée de ses rigidités collectives. Ils se formatent d’un week-end entamé le “jeudredi” et laisse la vague des commuters du lundi se tarir avant de reprendre le quotidien. Ils ne pourraient avoir lieu sans la formidable contraction des temps de transport qui met Barcelone, Amsterdam, Prague, Lisbonne ou Talinn à une ou deux heures de Paris ou de Londres.
Le concept de city break renvoie à la notion de rupture avec sa ville « quotidienne ». En cela, cette « éponge à émotions » appartient pleinement au quotidien où il se rêve, se conçoit et se revit. C’est le moindre de ses paradoxes. D’autres paradoxes ? Se perdre pour mieux se retrouver, la maîtrise de l’imprévisible, une mobilité libre et durable ou encore la tension fondement de la détente. Il s’agit aussi plus classiquement de produire du « sens », du souvenir, du partage. Le city break englobe toutes les formes de week-end (prolongés ou non) et autres courts séjours qui en appellent à cette rupture. Si les courts séjours dans une ville éloignée représentent une part importante des city breaks, ils n’en n’ont pas l’exclusivité.
L’appellation de city break est l’aboutissement contemporain de la notion de vacances. La pratique est croissante et s’inscrit plus largement dans un double mouvement de fragmentation des vacances et de réduction de leur durée moyenne. Plus (de séjours), Moins (de durée) et Mieux (de rupture). Sa généralisation dépasse les frontières culturelles, sociales et économiques. Les techniques qui sous-tendent son activation sont inédites pour beaucoup. Les technologies n’ont pas généré le city break, mais ont permis sa massification.
Ce format surprend par ses multiples innovations. Les clients eux-mêmes les imaginent et les façonnent dans les « banques de données du rêve » qui pullulent sur Internet. Ces mêmes clients convoquent sur la scène du city break des acteurs jusqu’à l’heure étrangers au monde des vacances pour en faire des « ingénieurs de l’enchantement ». Ils ont fait feu de ressources innombrables, parfois empruntées à la filière elle-même ou puisées dans la caverne d’Ali Baba du Web 2.0. Les règles du jeu du secteur ont été bouleversées en peu de temps. Il n’y a plus de tabous, la place pour les innovations est considérable. Des modèles inattendus surgissent. Les évolutions qu’il révèle sont plus sensibles ici qu’ailleurs parce que la population qui le pratique est à l’aise dans la société et avec ses nouveaux outils, mais plus simplement encore parce que l’individu y engage ses aspirations les plus intimes et les vit même en dehors du séjour lui-même.
Le city break est, pour reprendre une expression de Newsweek, « une part essentielle, non négociable, de la vie. » C’est encore une « hétérotopie »  dont Michel Foucault disait que c’est l’imaginaire d’une société qui s’y réalise (et il citait à l’époque le Club Med, tout juste naissant). Il y a du city breaker en chacun de nous ! Entre rupture et continuité, entre imprévision et planification, entre relâchement et multiplication d’activités, entre découverte et reponsabilité… Le city breaker, c’est le voyageur de demain.

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mai 10, 2008. Chronos.

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