Le « coup de pédale » et son « effet papillon »

« On a vu se dessiner à grands coups de pédales dans les rues de Paris au cours du mois d’août 2007 quelque chose qui ressemblait à une utopie« .

On l’a compris, c’est le Vélib’ qui donne des ailes à la pensée de Marc Augé. On lui doit déjà une brillante réflexion sur la mobilité « Un ethnologue dans le métro« . Marc Augé vient de produire un très court « Eloge de la bicyclette« , prétexte à une réflexion sur la ville : « L’enjeu du recours à la bicyclette n’est pas mince. […] Il s’agit tout simplement de rendre ses lettres de noblesse au hasard, de commencer à briser les barrières physiques, sociales ou mentales qui enkylosent la cité et de redonner un sens au beau mot de mobilité. » Son analyse conforte le concept d’une mobilité intersticielle, qui joue des canaux rigides des transports en commun, qui les relie si nécessaire, qui s’affranchit des pesanteurs de l’automobile pour « se glisser subrepticement dans une autre géographie, éminemment et littéralement poétique puisqu’elle est l’occasion de contacts immédiats entre lieux que d’ordinaire on ne fréquente que séparément » et bien entendu qui génére ses propres sociabilités.
Ne nous laissons pas abuser par le regard nostalgique ouvrant le livre. C’est celui d’un monsieur qui a connu une ville où dominait jadis le vélo. Il est charmant, mais l’analyse vaut plus par ce que Vélib’ suggère comme constat : « Que l’usage de la bicyclette permette de redessiner les limites et les frontières de la ville, d’inventer des itinéraires inédits et de reconfigurer la ville réelle – celle des usages, des échanges et des rencontres du quotidien –, voilà le nouvelle et surprenante possibilité. » Marc Augé passe à l’utopie en s’appuyant sur un autre constat : « le mérite du cyclisme […], c’est de nous imposer une conscience plus aiguë de l’espace et du temps. » Alors, on n’a pas finit de s’interroger sur « l’effet papillon » (vous savez ! ce battement d’aile qui entraîne un tornade !) du Vélib’.

Un clin d’œil à un de ces utopistes, Adam Greenfield qui cherche des « Vélibertaires » qui voudraient jouer avec lui au vélib’. Adam Greenfield a par ailleurs commis une analyse « Toward an everyware world » accessible en français . Une autres ode au Vélib’ et des réflexions pertinentes. Why travel any other way? Décidément, Vélib’ libère plus que la mobilité, il libère les esprits. Et si Vélib’ était l’hétérotopie urbaine de notre époque (voir Foucault), son tapis volant ?

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avril 23, 2008. Chronos.

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