Désintoxication automobile. Lueurs nipponnes…

Prenons acte d’évolutions des grandes villes face à la voiture.
–    Cela a commencé il y a longtemps par une modeste manifestation de bonne conscience qui a instauré des voies piétonnes urbaines – dont sont donc exclues les voitures.
–    La prise de conscience publique peut se dater de la Loi sur l’Air en 1996. Elle a sonné l’alerte sur la pollution et a conduit l’instauration des PDU (Plans de déplacements urbains). D’autres ont suivi, comme la Loi SRU, qui ont donné les moyens d’une meilleure approche des mobilités urbaines et d’un début de régulation de la voiture urbaine.
–    Ont suivi la régulation et le répressif, via les axes rouges, les couloirs de bus, le respect des limitations de vitesse, la restriction du stationnement, le prix du pétrole…
Tout ceci a à peine érodé la croissance du parc, du réseau, des parkings et des usages de la voiture. Le kilométrage parcouru en France a cru de 15% entre 1995 et 2003. Pendant ce temps, la croissance des ventes de voitures neuves a ralenti, mais est restée positive.

On aborde maintenant une phase plus constructive des réponses.
–    Certaines sont spectaculaires comme les tramways, de nouvelles lignes de transports collectifs, le péage urbain, le transport à la demande, le vélo libre-service et maintenant la voiture en partage.
–    D’autres sont moins visibles : ce sont des actions sur le stationnement, des titres de transport « augmentés », les politiques d’information, l’irruption des instruments personnalisés de navigation urbaine (trafic sur mobile, les moniteurs auto, les GPS, etc.) … qui ouvrent la voie à une nouvelle économie des déplacements.
–    Demain, il faut s’attendre à ce que cet aggiornamento se conclut par des « centrales de mobilité » – adossées à des moteurs de recherche – qui donneront à chacun les moyens d’une régulation de ses mobilités urbaines. Accessibles dans le mouvement – via les 3e et 4e écrans –, elles permettront d’économiser les usages de la voiture particulière.

Restent les faits et ils sont éloquents. Le même jour (le 28/07/08), deux articles résonnent sur la fin de la croissance de l’usage de la voiture. L’un des Echos (payant. Les Français délaissent de plus en plus la voiture) fait état d’une étude du BIPE : « le nombre de kilomètres parcourus chaque année par les Français a diminué entre 2003 et 2006 de 2%, tandis ceux effectués en car, bus, train ou avion se sont accrus en moyenne de 2,5% par an depuis 2003. Le Bipe prévoit une réduction de presque 2% par an jusqu’en 2015« . Le Bipe fait le même constat en Allemagne et en Italie.

Un autre article, du Monde cette fois-ci (Les Japonais exportent toujours plus de voitures, mais en achètent moins), est très sombre sur l’avenir de la voiture dans l’Archipel. « Les Japonais n’aiment pas [plus?] la voiture« , dit le représentant de l’association des concessionnaires japonais ; ce qui est cocasse au pays du nouveau champion du monde de la construction automobile ! Les Japonais connaissent une baisse ininterrompue du marché automobile depuis 25 mois : « sur le premier semestre, le recul atteint 7,4% ». Il n’y plus que 25% des Tokyoïtes pour souhaiter posséder un véhicule, contre 46% en 2000. Les Japonais se désintoxiquent ! “Ils préfèrent, dit l’article, consacrer leur argent aux services sur téléphones mobiles et aux jeux vidéo« . Mais les solutions de transport collectifs existent à foison à Tokyo et les locations courte durée accessibles 24h/24h ou les voitures en partage connaissent un franc succès.

Lors du congrès « Moving in a smarter city » organisé à Stuttgart par Chronos, Villes 2.0, l’Université de Nancy et le centre Schloss Solitude, une sociologue brésilienne avait montré un film extraordinaire. A l’occasion d’un survol de la ville de Sao Paulo, on voyait de nombreux immeubles disposant de pistes d’atterrissage d’hélicoptères. On dénombre quelque 5000 vols d’hélicoptères quotidiens sur la capitale brésilienne, à la limite… de la saturation aérienne. C’est le moyen qu’on trouvé les personnes fortunées pour contourner la congestion automobile urbaine. La congestion urbaine est un mal absurde dont se sont accomodées des générations de citadins. La ville est rendue invivable, mais intoxiqués de l’usage de la voiture, nous refusons de voir les choses ainsi.

Les lobbyies traitent d’ayatollahs ceux qui s’en pennent à la voiture. Leur discours est souvent servi par de multiples maladresses. Ce discours s’appuie aussi sur une relation ombilicale et toxique à l’objet. En face, il faut reconnaître que, si les arguments existent, les discours sont mal construits et les réponses mal pensées.

Le temps d’un aggiornamento est venu et sans doute les esprits y sont préparés. On peut faire l’analogie avec la proscription du tabac dans les lieux publics au prochain 1e janvier : tout le monde en est d’accord, mais cela n’empêche pas d’y fumer tant que ce n’est pas interdit. Dans une enquête que nous avons réalisée, une personne disait : « Je cherche une alternative à la voiture, pas un moyen d’améliorer l’utilisation de la voiture. » Dit autrement : « Aidez-moi à m’arrêter de rouler dans ma propre voiture !« 

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août 29, 2007. Centrale de mobilité, Chronos, Flux, Mobilité.

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