Le city break est un tapis volant

La dernière livraison d’Insee Première (le pdf) vient rappeler le processus continu de fragmentation des séjours de vacances : « Contrairement au nombre moyen des séjours qui augmente, leur durée moyenne ne cesse de décroître régulièrement depuis quarante ans : en 1964, les séjours duraient en moyenne 19,6 jours contre 11,8 jours en 2004.” Le phénomène est amplifié par l’élargissement des accès aux vacances (taux de départ en 2004, 64,6 contre 56,1% en 1979). Logiquement, on observe un étalement dans les saisons : en 1979, l’été représentait 69% des jours de vacances, contre 57% en 2004.
Cette analyse masque un phénomène singulier et très puissant. Ce qui contribue à faire chuter la durée moyenne des séjours et à accélérer leur répartition dans le temps, ce sont ce qu’il est convenu d’appeler les « city breaks ». Ce format de quatre jours hors domicile, consacré par les autorités au plan international, fait désormais fureur. Il s’illustre par la hausse des trafics au long cours en avion et TGV, par le succès des formules de week-end prolongé, par l’explosion des low-cost et par la diversification des destinations et des motifs. Qu’il s’agisse d’un week-end chaud à Bratislava pour les jeunes Anglais (Le Nouvel Obs, 05/07. Nouba à Bratislava) ou d’un autre plus classique aux Baux de Provence avec visite des expositions de photos d’Arles, ou d’un impromptu de dernière minute ans dans la Ville blanche (Lisbonne), on est dans la rupture. En fait, quelle que soit la réponse que chacun formule, il s’agit plus de mettre la routine et les obligations à distance que de rechercher l’éloignement à tout prix. Ce qui fait l’étrangeté de la démarche, c’est sa brièveté (De la sieste au city break, une posologie commune : court mais fréquent). Comme si ce court séjour constituait la forme excellente d’une soupape qui évacue la tension et qui confère l’évasion … un tapis volant en quelque sorte. La figure du tapis volant du conteur des Mille et une Nuits est bien au rendez-vous de cette aventure. D’ailleurs, le philosophe Michel Foucault reprenait déjà il y a trente ans cette image et appelait cela une hétérotopie, dit autrement une utopie… qui se réalise.

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août 7, 2007. Chronos, City Break, Empowerment, Vacances.

One Comment

  1. Eric replied:

    Eric

    This is one of the more useful reads I have had today.

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