Le covoiturage d’entreprise trouve sa marque (entretien chronos)

mai 14, 2008 by laurencehouvion

Entretien avec Frédéric Mazzella, Fondateur de covoiturage.fr

Le marché du covoiturage dans les entreprises et les zones d’activités est “né” en France il y a environ 4 ans via des entreprises pionnières. L’incitation au covoiturage fait partie de la trousse à outils des PDE (plans de déplacements entreprises). L’obligation récente faite aux entreprises dans certains contextes d’instaurer une offre de covoiturage conduit le marché à se développer plus significativement depuis un an. On doit d’autant plus s’attendre au prolongment de cette croissance que la “voiture publique” (en covoiturage ou en libre accès) a le vent en poupe poussée par des initiatives diverses (Okigo ou Autolib à Lyon et sa déclinaison francilienne dans les tuyaux). Ce service s’inscrit dans le cadre des solutions au développement de la mobilité durable. Plus prosaïquement, c’est aussi une solution économique autant pour les covoitureurs que pour les entreprises.
Le covoiturage d’entreprise n’affronte pas l’obstacle de la “confiance” que connaît le covoiturage en général puisque les covoitureurs sont censés appartenir à la même communauté. Le partage des charges dans ce système d’économie mutuelle semble consensuel. Le service a une – nécessaire et salutaire – dimension mobile. Reste à assurer les coïncidences des occurrences et là, plus la place de marché est importante, plus les covoitureurs ont de chances de se trouver. Reste aussi à assurer une garantie d’acheminement en cas de défaillance du covoitureur.
Comuto se positionne comme entreprise leader d’un marché aujourd’hui dérisoire et mal connu, mais sans doute promis à un fort développement si les services sont à la mesure des attentes.

Frédéric Mazzella – 32 ans, titulaire d’un magistère de physique de l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm, d’un master en informatique de Stanford et d’un MBA de l’INSEAD – a créé Comuto, l’entreprise qui gère le portail gratuit de covoiturage.fr en 2006. Après un an, le site revendique plus de 100.000 adhérents, reçoit 550 nouvelles adhésions quotidiennes et sert de point de rencontres pour quelques 900 transactions quotidiennes. En parallèle du site grand public de covoiturage, le business model de Comuto repose sur la vente de solutions logicielles pour les organismes qui, dans le cadre des PDE, intègrent dans leur intranet un service de covoiturage pour leurs collaborateurs. Rappelons que les PDE prévoient les services de mise en relation, l’instauration de places réservées aux “covoitureurs” et la création d’un service de dépannage en cas d’indisponibilité exceptionnelle d’un conducteur.

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Le “city break” ou “les quatre jeudredi”

mai 10, 2008 by Bruno Marzloff

Quand Chronos et InProcess se sont saisis du “city break” (pdf : “Le temps c’est ce que vous en faites !”) qui nous arrivait de Londres pour l’explorer avec six grands partenaires (Accor, Airbus, ADP, Decaux Airport, Direction du Tourisme, PSA et RATP), nous étions loin de nous douter de la fortune du mot. Nous avions aussi propulsé le “jeudredi” dès mars 2007 sans rencontrer le même succès. La mal est réparé dans Les Echos de ce week-end qui titre joliment “Vers la semaine des quatre jeudredi” et qui cite justement cette étude. Le “jeudredi” (Merci Luc !) est le mot d’un chauffeur de taxi bon observateur de ses contemporains esquivant les rythmes métronomes et les pesanteurs de sa ville. Les city breaks sont issus d’une charpente du temps de la société libérée de ses rigidités collectives. Ils se formatent d’un week-end entamé le “jeudredi” et laisse la vague des commuters du lundi se tarir avant de reprendre le quotidien. Ils ne pourraient avoir lieu sans la formidable contraction des temps de transport qui met Barcelone, Amsterdam, Prague, Lisbonne ou Talinn à une ou deux heures de Paris ou de Londres.
Le concept de city break renvoie à la notion de rupture avec sa ville “quotidienne”. En cela, cette “éponge à émotions” appartient pleinement au quotidien où il se rêve, se conçoit et se revit. C’est le moindre de ses paradoxes. D’autres paradoxes ? Se perdre pour mieux se retrouver, la maîtrise de l’imprévisible, une mobilité libre et durable ou encore la tension fondement de la détente. Il s’agit aussi plus classiquement de produire du “sens”, du souvenir, du partage. Le city break englobe toutes les formes de week-end (prolongés ou non) et autres courts séjours qui en appellent à cette rupture. Si les courts séjours dans une ville éloignée représentent une part importante des city breaks, ils n’en n’ont pas l’exclusivité.
L’appellation de city break est l’aboutissement contemporain de la notion de vacances. La pratique est croissante et s’inscrit plus largement dans un double mouvement de fragmentation des vacances et de réduction de leur durée moyenne. Plus (de séjours), Moins (de durée) et Mieux (de rupture). Sa généralisation dépasse les frontières culturelles, sociales et économiques. Les techniques qui sous-tendent son activation sont inédites pour beaucoup. Les technologies n’ont pas généré le city break, mais ont permis sa massification.
Ce format surprend par ses multiples innovations. Les clients eux-mêmes les imaginent et les façonnent dans les “banques de données du rêve” qui pullulent sur Internet. Ces mêmes clients convoquent sur la scène du city break des acteurs jusqu’à l’heure étrangers au monde des vacances pour en faire des “ingénieurs de l’enchantement”. Ils ont fait feu de ressources innombrables, parfois empruntées à la filière elle-même ou puisées dans la caverne d’Ali Baba du Web 2.0. Les règles du jeu du secteur ont été bouleversées en peu de temps. Il n’y a plus de tabous, la place pour les innovations est considérable. Des modèles inattendus surgissent. Les évolutions qu’il révèle sont plus sensibles ici qu’ailleurs parce que la population qui le pratique est à l’aise dans la société et avec ses nouveaux outils, mais plus simplement encore parce que l’individu y engage ses aspirations les plus intimes et les vit même en dehors du séjour lui-même.
Le city break est, pour reprendre une expression de Newsweek, “une part essentielle, non négociable, de la vie.” C’est encore une “hétérotopie“  dont Michel Foucault disait que c’est l’imaginaire d’une société qui s’y réalise (et il citait à l’époque le Club Med, tout juste naissant). Il y a du city breaker en chacun de nous ! Entre rupture et continuité, entre imprévision et planification, entre relâchement et multiplication d’activités, entre découverte et reponsabilité… Le city breaker, c’est le voyageur de demain.

Les nouveaux lits des mobilités (Thema chronos)

mai 7, 2008 by Bruno Marzloff

L’ethnologue Marc Augé, dans son dernier livre, Eloge de la bicyclette, s’interroge sur la capacité du vélo “de redonner un sens au beau mot de mobilité”. Le vélo, dit-il, “[nous] glisse subrepticement dans une autre géographie” et s’affranchit des limites des autres modes de transport, sans les exclure. Il pose la question des limites des mobilités. Ce thème bondit dans l’actualité : trois articles récents traitent des espaces et de leurs congestions des flux de personnes et des flux numériques.

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Le voyage “ultra personnel”

mai 7, 2008 by Julie Rieg

Le voyage, et le city break en particulier, illustre le leitmotiv “le temps, c’est ce que vous en faites”, ou encore cette réflexion dont on trouve la confirmation répétée à chaque investigation : “la réappropriation par soi-même de son propre temps” est le fondement de nos modes de vie actuels.

Si vous ne participez pas à des voyages de groupes,
Mais si vous voyagez individuellement et avec qui vous voulez ;

Si vous ne voyagez pas selon les dates proposées par une agence,
Mais quand vous en avez envie ;

Si vous ne suivez pas les sentiers tracés par les touristes,
Mais si vous forgez votre propre trajectoire ;

Si vous ne cherchez pas à réaliser des itinéraires,
Mais si vous partez à la découverte d’un lieu pour y flâner, le sentir et le pénétrer ;

Si vous n’imaginez pas être rapidement de passage dans un lieu,
Mais si vous vous évertuez à comprendre ses spécificités culturelles et territoriales ;

Si vous n’êtes pas en quête d’un trophée du plus grand nombre de pays visités,
Mais si vous retournez dans les endroits où vous avez déjà fait un voyage ;

… alors vous voyagez de manière “ultra-personnelle”.

Dans la vidéo qui suit, Jean-François Rial, PDG du groupe Voyageur du Monde, nous parle des nouvelles attentes des individus qui “cherchent à voyager et à comprendre”. Pour lui, “l’ultra-personnalisation” s’inscrit de plus en plus comme une tendance de fond : il y a 20 ans, 1/3 des clients du groupe voyageaient en circuit accompagné. Ce n’est le cas que de 5% d’entre eux aujourd’hui. Autre tendance qui se dessine : les voyageurs qui demandent plus que du tourisme…
Voir Jean-François Rial, Le voyage “ultra personnalisé” - 14 mars 2007

Dans un même ordre d’idée, on se reportera à une tribune de Guillaume Pépy, désormais Président de la SNCF, parue dans le Figaro, “Les transporteurs face aux nomades ultramobiles” qui traduisait déjà en 2006 la même tendance. Extraits : “De simple voyageur, il est devenu consommateur de services, et un consommateur exigeant, un consommateur unique. L’homme nomade ne veut plus être le clone d’un autre voyageur. Il exige du «sur mesure», de la souplesse, du service adapté qui lui permette de multiplier les combinaisons et les interconnexions entre les différents moyens de transport à sa disposition. Et chacun veut «son» prix, le meilleur bien sûr, en fonction du bouquet de services proposés et de sa situation.”

La marche contre la congestion urbaine

avril 28, 2008 by Julie Rieg

“Pour prévenir la congestion, la station Camden Town est fermée aux clients entrants tous les dimanches de 13h à 17h30.
Merci aux clients de la Northern Ligne de se rendre aux stations les plus proches suivantes :
Mornington Crescent, Approximativement 7 minutes de marche (escaliers)
Chalk Farm, Approximativement 7 minutes de marche (escaliers)
Kentish Town, Approximativement 12 minutes de marche (escaliers roulants)”

A Londres, alors qu’une étude réalisée par le TFL (Transport for London) a montré que 20% des déplacements réalisés en métro étaient avantageusement remplacés par la marche, certaines stations sont fermées aux heures de forte affluence. Une manière d’inciter les citadins qui font de courts trajets à oublier le métro, et à soulager des flux trop nombreux, comme sur la ligne 13 du métro parisien.

Autre tactique ingénieuse : des agents du TFL postés dans les couloirs des stations de métro interpellent et guident immédiatement les individus “perdus” pour éviter tout ralentissement et fluidifier les flux de personnes.

Après le partage de la rue, le partage de l’eau

avril 25, 2008 by Julie Rieg

Après les vélos qui divaguent en libre service, la nouvelle mode vogue dans les vagues et se joue des congestions. La ville de Paris lance Voguéo,  bus fluvial, à compter du 1er juin 2008. Voguéo, plus qu’une modernisation du batobus, vise à compléter les offres de transports franciliens et à proposer un autre regard sur la ville. L’interopérabilité avec les autres modes est assurée par la carte Navigo… Pour commencer, écoles, gare, bibliothèque et ports seront desservis ; le réseau devrait ensuite s’étendre vers l’Ouest dans les deux ans à venir (Metropole – avril 2008 - Voguéo bientôt dans le grand bain).
Le quart d’heure de plus dans les transports est-il une gêne ou un avantage ? Suggestion ! Et si les promoteurs y installaient du Wifi ? Rendez-vous le 1er juin 2008 à la gare d’Austerlitz…

Le “coup de pédale” et son “effet papillon”

avril 23, 2008 by Bruno Marzloff

On a vu se dessiner à grands coups de pédales dans les rues de Paris au cours du mois d’août 2007 quelque chose qui ressemblait à une utopie“.

On l’a compris, c’est le Vélib’ qui donne des ailes à la pensée de Marc Augé. On lui doit déjà une brillante réflexion sur la mobilité “Un ethnologue dans le métro“. Marc Augé vient de produire un très court “Eloge de la bicyclette“, prétexte à une réflexion sur la ville : “L’enjeu du recours à la bicyclette n’est pas mince. […] Il s’agit tout simplement de rendre ses lettres de noblesse au hasard, de commencer à briser les barrières physiques, sociales ou mentales qui enkylosent la cité et de redonner un sens au beau mot de mobilité.” Son analyse conforte le concept d’une mobilité intersticielle, qui joue des canaux rigides des transports en commun, qui les relie si nécessaire, qui s’affranchit des pesanteurs de l’automobile pour “se glisser subrepticement dans une autre géographie, éminemment et littéralement poétique puisqu’elle est l’occasion de contacts immédiats entre lieux que d’ordinaire on ne fréquente que séparément” et bien entendu qui génére ses propres sociabilités.
Ne nous laissons pas abuser par le regard nostalgique ouvrant le livre. C’est celui d’un monsieur qui a connu une ville où dominait jadis le vélo. Il est charmant, mais l’analyse vaut plus par ce que Vélib’ suggère comme constat : “Que l’usage de la bicyclette permette de redessiner les limites et les frontières de la ville, d’inventer des itinéraires inédits et de reconfigurer la ville réelle – celle des usages, des échanges et des rencontres du quotidien –, voilà le nouvelle et surprenante possibilité.” Marc Augé passe à l’utopie en s’appuyant sur un autre constat : “le mérite du cyclisme […], c’est de nous imposer une conscience plus aiguë de l’espace et du temps.” Alors, on n’a pas finit de s’interroger sur “l’effet papillon” (vous savez ! ce battement d’aile qui entraîne un tornade !) du Vélib’.

Un clin d’œil à un de ces utopistes, Adam Greenfield qui cherche des “Vélibertaires” qui voudraient jouer avec lui au vélib’. Adam Greenfield a par ailleurs commis une analyse “Toward an everyware world” accessible en français . Une autres ode au Vélib’ et des réflexions pertinentes. Why travel any other way? Décidément, Vélib’ libère plus que la mobilité, il libère les esprits. Et si Vélib’ était l’hétérotopie urbaine de notre époque (voir Foucault), son tapis volant ?